Les chroniques de Fabienne

Ma recette de lecture…

Ma recette de lecture… parce qu’il n’y a pas que des soupes aux livres aux éditions Parole !

Ingrédients
Pour la pâte :
250 g de papier de belle texture
1 cuillère à café d’encre noire
Pour la garniture :
100 g d’émotion pure
50 g de suspens tamisé
50 g de réflexion profonde
Un bon morceau d’imagination (non traitée après récolte)
1 cuillère à soupe de fantaisie
1,5 l de plaisir entier (de préférence Bio)
15 cl de larmes filtrées

– Mêler intimement l’ensemble des ingrédients.

– Ajouter les liquides par petites touches. (Facultatif : saupoudrer d’une pincée d’oubli.)

– Faire prendre au bain-marie jusqu’à obtention d’une consistance moelleuse. Tourner régulièrement pour que les pages n’attachent pas, tremper son doigt dedans à chaque tour de cuillère. Les larmes étant déjà salées, rectifier l’assaisonnement selon votre goût.

– Verser doucement dans le mélange encre/papier que vous aurez au préalable foncé dans une couverture précuite.

– Décorer harmonieusement le plat d’expériences personnelles, si vous en avez sous la main.

– Enfourner pour quelques minutes de cuisson à four très doux. Laisser tiédir avant de déguster et de partager ces délicieuses heures de lecture…

Bon appétit !

Le livre est un radeau…

Le livre est un radeau… celui auquel on s’agrippe pendant une nuit de déluge, alors que l’eau monte et s’infiltre sous les portes. Impuissant à stopper la vague, on plonge dans son livre ouvert. Nuit, aussi blanche que le papier, les mots nageant entre les lignes de flottaison, lecture coulée. On évitera 20 000 lieux sous les mers au profit de lectures plus salvatrices. Au petit matin, les pages arrachées à la nuit, à l’angoisse, à l’attente, seront venues, une à une, s’échouer au sol, leur papier absorbant le trop-plein, la marée, la boue fine du reflux. La lecture est mon barrage, ma bouée de sauvetage, celle qui m’a arrachée à tous les naufrages…

Il y a des chemins de Croix…

Il y a des chemins de Croix… et des chemins de Joie.

En quatre stations, je viens de croiser sur mon chemin les habitants fragiles de Fanny Saintenoy. L’auteure nous égrène d’une plume légère de brefs moments, peuplés d’âmes, au hasard de déambulations dans Paris. Des rencontres, qui parfois n’en sont pas vraiment, comme chacun d’entre nous en a certainement déjà vécues, partout, ailleurs…

Mais Fanny se glisse dans la peau de chacun, avec discrétion et élégance, pour dessiner le portrait de leurs pensées et de leurs émotions.

Chaque rencontre est contée à la première personne :
« Depuis des jours je pense à Arthur Rimbaud… »,
« J’attends un homme que je n’ai jamais vu… »,
« Je la regarde depuis un moment… »,
« Je viens dire adieu au parc Montsouris… »,
« Je marche sur le pont de Grenelle… »…

Ne comptez pas sur moi pour en dévoiler plus. Il suffit de vous saisir des 10 x 16 cm de cette édition menue, de la collection Main de femme, parfait format à glisser dans son sac ou dans sa poche et qui m’a accompagnée en quatre stations : dans un bureau glacial et impersonnel en attendant un entretien d’embauche, trempée jusqu’aux os dans un café de village où je m’étais réfugiée, lors d’une pause en voiture dans une forêt un peu magique, enfin, près de mon lit, dans la clarté voilée d’une lampe de chevet.

… quatre stations d’un chemin de Joie…

Cette table sentait le petit déjeuner du dimanche matin…

Cette table sentait le petit déjeuner du dimanche matin… mais c’était un samedi. Le lendemain d’une soirée douce où, emportées par la rondeur d’un vin jeune, deux femmes avaient parlé du monde. De leur monde. De proches racines, elles avaient en commun des souvenirs de goûts, de mets, d’odeurs qui leur dessinaient un même paysage. Celle de passage, déjà envolée, laissait, comme à chaque fois, plus qu’un parfum, un sillage de mots, une pile de mots… et une demande : “Serais-tu prête à écrire une chronique, de petits textes qui viendraient ponctuer le site de notre maison d’édition ?” Évidemment que j’étais prête, j’en avais rédigé des textes, des impressions, des coups de cœur, ou de gueule, que j’égrenais comme de petits cailloux sur les chemins des réseaux sociaux. Mais, il suffisait qu’on me le demande pour que plus rien ne vienne… l’angoisse de l’écran blanc… C’est en regardant la table du petit déjeuner, avec ses deux tasses, les miettes du Stollen, la cagette pleine de petites courges séchées qu’elle avait apportée la veille comme une offrande, la liste de courses en attente d’une virée au marché et la pyramide de livres, que m’apparut l’évidence : j’avais besoin qu’une image accroche ma rétine pour donner source à mes mots. L’image était la clé, elle ouvrait la porte. L’alliance improbable des livres posés devant moi : un recueil de recettes du Comté de Nice, un parcours de vie, et J’ai dû vous croiser dans Paris, les deux derniers issus des éditions Parole, serait le fil conducteur de ces petits textes à venir, rédigés sur un coin de table de cuisine, seule pièce chauffée l’hiver, et dans le parfum flottant d’un plat qui mijote, je cuisinerai quelques phrases à mettre ensemble. Je m’en vais goûter le livre de Fanny Saintenoy et je reviens vers vous…