La chronique de Fabienne

« Catisfactions littéraires »

Les mots… appétissants, comme les lézards dont je collectionne les queues abandonnées sous ma patte,

incisifs, comme mes canines qui mordent et déchirent,

réconfortants, comme le moelleux du tapis ancien que je me suis attribué,

distrayants, comme ces invités qui cherchent à m’attirer à grand renfort de minauderies inutiles,

lumineux, comme le dernier rayon de soleil dans lequel je m’étire…

Et la façon de les dire, apaisante, quand l’humaine qui vit avec moi et que j’aime, un peu, lit à haute voix.

 

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Ce que risque un lecteur…

… le traumatisme crânien, pour le distrait qui, le nez dans son livre, rencontre un réverbère,

l’électrocution, pour l’inconscient qui, dans son bain, reste déterminé à découvrir qui est l’assassin du polar chargé sur sa tablette,

l’asphyxie pour l’enfant qui, désobéissant, dévore son récit d’aventures sous les couvertures,

l’aveuglement pour celui qui, à la nuit tombée, forcera ses yeux épuisés à envoyer la suite de l’histoire à son cerveau avide…

Amis lecteurs, vous êtes les héros ignorés du quotidien, il est tellement moins dangereux de regarder la télévision !

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Mardi 2 juin… jour de plaisirs

Et vous, où lisez-vous Animal Lecteur ?
Dans les moments d’attente, calé contre un mur, sur une jambe, comme un héron ?
Lové dans des coussins moelleux, comme un chat languissant ?
Comme un reptile, le ventre dans le sable chaud ?
Incurvé dans le fond d’un hamac, étiré comme un paresseux ?
… Ou comme un humain, à la terrasse d’un bistrot, dans le rayon de lumière traversant un verre de vin ou devant la brume parfumée d’un café serré ? Présent/absent, dans cette fausse solitude, entre les mots, entre les autres, dans les sons familiers de la tasse sur le zinc, de la monnaie rendue, égrenée dans la soucoupe.
Comme un humain…

Mardi 2 juin… jour de plaisirs.

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Prison

«Les bibliothèques sont de merveilleux espaces de liberté». C’est ce que m’a dit un détenu cet après-midi, un de ceux que j’accueille entre les murs gris et fades de cette salle un peu lugubre. Les livres y sont parqués, au garde-à-vous, serrés, un peu éteints, peu sollicités. Un très faible pourcentage de prisonniers lisent, mais pour ceux-là, en effet, la bibliothèque est un merveilleux espace de liberté. À un moment, j’ai levé les yeux et j’ai suivi le regard d’un de ces hommes, il fixait un rayon de lumière qui filtrait au travers des barreaux.

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Écrans…

Ceux qui s’en sortiront sont ceux qui auront dressé, entre eux et le « monde d’après », la plus efficace des barrières. Pas la distanciation, ni la désinfection, ni la crainte de son voisin, de son parent, de son collègue de travail ou de l’inconnu. Ils ne contournent pas les règles, ils veulent bien les respecter mais ils éprouvent la nécessité de les comprendre. Pourquoi ? Parce que leurs écrans ne sont pas ceux des TV bleutées qui clignotent dangereusement dans chaque foyer et qui, insidieusement, formatent en distillant la peur, culpabilisent et infantilisent. Leurs écrans sont leurs lectures, saines barrières contre la pensée unique, dangereux moteurs de l’esprit critique. Quand je suis lasse d’entendre et de voir ce que l’on veut faire de nous, j’ouvre un livre et je plonge dedans. Ainsi, il me protège, du nez au menton, du plus terrible des virus… celui de la bêtise.

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Marque-page

Le souci de remplir utilement ce temps imposé semble avoir été l’objectif, avoué sinon tenu, de nombre d’entre nous. Moi aussi, les premiers jours, devant cette infinité d’heures, de jours, de semaines, m’était venue l’idée de me remettre à la guitare, d’améliorer deux ou trois langues étrangères, d’achever quelques bricolages en attente de finition… et puis non. Un matin, en rangeant un tiroir, mes godets d’aquarelle m’ont fait de l’œil, le besoin d’occuper mes mains a fait le reste. J’ai découpé de petites bandes dans un papier à grain, percé une extrémité pour y glisser un pompon coloré, et peint quelques motifs à coup de pinceaux fins et de couleurs à l’eau. Une trentaine de marque-pages ont ainsi été produits sur un coin de table, sur des airs de Bach et de Vivaldi, avec le printemps qui me narguait à la fenêtre. Envoyés par la poste aux amis chers qui me manquaient. Marque-page, marque d’amitié, la marque de ces liens distendus un temps mais réinventés. J’ai reçu en retour, un disque, un bracelet de perles enfilées par une enfant, un livre, une carte postale… Ces marque-pages viendront se glisser entre deux pages, dans l’attente d’un retour au livre, comme nous avons été, entre nos murs, dans l’attente… de quoi ?… de ce qui nous reste à inventer, maintenant.

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Respiration…

Et puis il y a des textes qui se lisent à haute voix… À la lecture de la première phrase, on sent bien qu’il nous manque quelque chose parce que les mots se sont enchaîné si souplement, dans une seule respiration, un seul soupir, qu’il nous vient l’impérieuse nécessité de les prononcer, d’en ressentir le souffle. Certains auteurs écrivent leurs mots sur une partition, composent, de façon innée, des mélodies en sourdine, entre les lignes. Les lecteurs dont l’œil est musical ne pourront s’empêcher d’interpréter ce texte, de faire vibrer ses sonorités, d’en savourer chaque ponctuation. Et puis il y a celles et ceux dont c’est le métier. Ceux dont la voix profonde et vibrante va faire résonner les mots au plus profond de l’âme, ceux qui vous suspendent à leurs lèvres. J’en connais quelqu’une, que vous connaissez aussi, dont la voix me subjugue à chaque fois et m’hypnotise, me rend captive volontaire et m’entraîne à sa suite dans le tourbillon des mots, magnifiant le travail de l’écrivain. Amis auteurs, vous pouvez lui dire merci, nombre de vos écrits m’ont été révélés par cette voix de sirène écorchée aux coraux, pas de celles qui vous saisissent aux chevilles pour vous entraîner dans les noires profondeurs, mais de celles qui vous attrapent par les oreilles pour vous lancer plus haut en vous racontant des histoires.

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Tisser…

Ce verbe sonne doux aux oreilles, le bout de la langue claque sur les incisives avant de se rétracter vers le fond du palais pour laisser glisser, entre les lèvres, la sinuosité ouatée des s. Du même verbe latin, texere, naît l’art de tisser les fils, comme celui de tisser les mots ensemble pour donner naissance au texte. L’écrivain est tisserand, celui qui sait choisir les plus beaux fils pour les assembler en tissus soyeux, rudes, chauds… Tisser, entrecroiser, entremêler, enchevêtrer… organiser le fouillis des mots qui viennent, entre chaîne et trame, savoir poser la virgule, la respiration, dérouler la matière sortie du métier et, enfin, couper les derniers fils. Le lecteur viendra, ensuite, se lover comme un gros chat gourmand, dans cette œuvre au noir, cette alchimie lumineuse qui viendra donner texture à son âme.

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Histoire de bibliothèque

C’était en février, Polina rentrait juste de Rua da Cruz, encore une fois les mains vides.

Pourquoi partir ? Après une enfance australienne – elle était sa première terre, elle s’était mis en tête de trouver celui qui déplaçait des montagnes dans les Reculas. À l’encre violette, elle avait écrit à sa mère, la chronique d’un non-amour…. Elle se souvenait de cette sentence, cette incantation qu’elle avait l’habitude de leur adresser, à elle et à son frère, « Sois belle, sois fort ». Elle avait pris son fusil, éteint le dernier feu, pris le large dans les poubelles et retrouvé Ève et Lilith dans l’île où elles vivaient avec ces trois jeunes appelés dans les Aurès. Pour cette Dryade, passer sept en jours en face de ces guerrières rouges, ces femmes lunes, se retrouver face à de si beaux ennemis, était pour elle l’horizon d’un évènement.

Et pourtant, la petite flingueuse, rouge comme un cœur dans la bouche de Dieu, n’aspirait plus à rien d’autre que cette félicité : se retrouver à la table de Joseph, cet ogre pour lequel il fallait 12 mois, 12 femmes et qui savait l’amour fait aux femmes, comme autant de petites têtes d’épingles et autres minuties.

« – J’ai dû vous croiser dans Paris, sous le vent, après la tempête apaisée… » lui avait-il avoué.

Sur la plus haute branche, cette femme en vol, ce coucou, cet automate de vide-grenier, avait enfin trouvé son homme semence…

(Le texte est constitué de tous les titres de la collection Main de femme, organisés pour créer une histoire !)

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Cabanes

Il faudra attendre encore un peu avant de se poser, seul au milieu des autres, sur un banc, dans un square, à une terrasse de café en ville, couché dans l’herbe d’un jardin public ou à plat ventre sur le sable chaud d’une plage, le menton dans les mains. Il faudra attendre encore un peu pour retrouver nos lieux préférés de lecture. Et si nous les ré-inventions ?!

Le matin, à l’heure du premier café, je cale mon dos dans le plus confortable de mes fauteuils en rotin, j’entrouvre la fenêtre de la cuisine et j’entends le cri strident des gabians et de la liberté. J’attrape le livre du matin.

Je me suis fabriquée, avec des morceaux de n’importe quoi traînant dans la maison, un petit bar de balcon, une terrasse domestique, j’y trinque à midi avec mon voisin d’en face (c’est un chat qui, à cette heure, s’allonge sur la rambarde)… et j’attrape le livre de la mi-temps.

Depuis quelques jours, je m’allonge sur un tapis du salon, dans l’axe du soleil de l’après-midi qui inonde la pièce, je me tartine de crème solaire (pour faire comme si) et j’attrape le livre de l’après-midi.

Après une longue journée, quand la lumière commence à s’étirer derrière la colline, que les petites lucarnes des fenêtres s’allument, je glisse un air de Duke Ellington, me verse un verre de gin, ambiance piano-bar… J’attrape le livre du soir.                               

La nuit venue, je rêve… De la mer, de l’ombre des grands saules, du parfum des fleurs, de passants qui passent, de cris d’enfants qui jouent, de palabres, d’éclats de rire, de chants. Je rêve de la vie qui bat ailleurs que dans les rues, mais qui bat, partout, ailleurs, avec celle qui bat dans les pages de mes livres et mes cabanes de lecture.

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Tandis que les heures se suspendent aux horloges arrêtées…

Tandis que les heures se suspendent aux horloges arrêtées, les bateaux tournent leur proue vers le large en direction d’îles désertes, de rivages inconnus, de contrées inexplorées. Nul besoin d’aller loin, l’espace contraint de nos murs nous appelle aux voyages intérieurs. Parfois enchanteresses, quelquefois inquiétantes, ces découvertes intimes résonnent dans les petits radeaux de la Méduse que sont nos livres, lancés sur la surface de ses eaux troubles par des années de lecture. Cette soif inassouvie trouve là sa raison, nous faire traverser cette immensité de temps vide en la remplissant de souvenirs d’aventures qui sont devenues nôtres… Cap au large moussaillons de bibliothèques !

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Nul besoin aujourd’hui de sortir une petite heure dans le périmètre réduit d’un kilomètre…

Nul besoin aujourd’hui de sortir une petite heure dans le périmètre réduit d’un kilomètre… j’ai désintégré mes murs avec, comme unique arme, un livre… «Fusil». Un texte au goût de silex et de sang qui fait monter des pages des parfums d’humus. J’ai suivi la course du gibier, celle des chiens, le tracé des chemins qui m’ont menée vers la profondeur des forêts. Des brindilles craquent à chaque page tournée, ça palpite, des frissons vous courent dans l’échine, on s’y réchauffe à des feux sauvages ou à de grands poêles. Deux mondes se rencontrent, hostilité des uns, indifférence des autres. Les deux personnages, tels des Roméo et Juliette des bois, vont se croiser, le chasseur solitaire aspirant à s’envoler «vers cet amour couleur d’or et de lune» que lui inspire cette fille à la chevelure mêlée de plumes. Un roman sauvage et libre.

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Désenfermer…

Désenfermer…

Au troisième et dernier étage sans ascenseur de mon petit immeuble niçois de style Art déco, je suis comme dans un phare. Je me penche, la mer d’un côté et de l’autre un petit bout de jardin partagé où trône un immense citronnier chargé de fruits gros comme des grenades.

La lumière traverse mon phare de part en part. D’une fenêtre à l’autre, les rayons fouillent loin, rebondissent sur le lit froissé, se faufilent sous les meubles, jouent avec les moutons, avec le chat aussi, quand il y consent, avant de sortir par l’autre façade pour filer ailleurs…

Peu de pièces, mais les plafonds sont si hauts que jamais je ne dérangerai les araignées qui s’y installent. Nous avons signé un pacte ; si elles renoncent à se trouver sur mon passage, je leur concède volontiers le tiers supérieur du phare. Le chat aussi a signé le pacte. Mais je le soupçonne d’espérer des manquements aux règles de la part de ces petites choses vives qui, à défaut d’être comestibles, apparaissent comme des cibles tout à fait acceptables.

Excepté celle qui nous sépare du palier, le phare ne possède plus aucune porte, un ancien locataire claustrophobe probablement… Pas de balcon mais de longues portes-fenêtres et des volets à l’italienne, dont je joue comme d’un instrument, pour moduler la lumière au gré des saisons et de la journée. Deux des fenêtres ouvrent sur une colline. Le soir, des centaines de petites lucarnes s’allument les unes après les autres, empilées en restanques urbaines. Je distingue des silhouettes, certaines me sont désormais familières. Hier soir, l’une d’entre elles a ouvert grand sa lucarne pour nous offrir un concerto pour violoncelle de Bach. Au pied de la colline, les vibrations rebondissaient en arabesques gracieuses et légères. Des silhouettes se sont penchées, les coudes aux rambardes, pour humer cet air parfumé, ce présent volatile, ce concert éphémère. Les dernières notes se sont éteintes, emportées haut par les courants ascendants, les silhouettes ont applaudi doucement pour ne pas froisser le moment avant de refermer tout aussi délicatement leur lucarne. Je suis restée seule avec la lune, aucun bruit ne montait de la rue, je me sentais comme serrée par des bras tendres. Du jardin montait le parfum des fleurs du citronnier. Devant moi, j’avais l’immensité de la nuit et, derrière, les murs de ma bibliothèque m’ouvraient le monde. Tout était à portée de main. J’ai saisi un livre, l’ai posé sur mon cœur… et je me suis endormie, confiante.

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Confinement… du latin cum (avec) et finis (frontières)…

Confinement… du latin cum (avec) et finis (frontières)… Les lecteurs partagent avec les fous la capacité à outrepasser toutes les frontières. Ouvrir un livre, c’est plonger, décoller, courir, perdre haleine, rencontrer mille personnes, découvrir mille lieux, vivre mille vies… Voyageurs immobiles, saisissez-vous de ces merveilleux billets vers l’ailleurs que sont les livres… Prenez soin de vous…

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Il y avait maintenant presque deux mois que je n’avais ouvert un livre…

Il y avait maintenant presque deux mois que je n’avais ouvert un livre. J’avais fermé les portes d’une grande maison à la campagne pour ouvrir celle d’un petit appartement en ville, j’avais fermé des tas de cartons… Je n’en avais ouvert que quelques-uns, faute de place. J’avais fermé un long chapitre de ma vie pour m’ouvrir à un nouveau métier, à de nouvelles pratiques, un monde nouveau pour moi. Et j’étais si fatiguée le soir, entre déménagement et prise de fonction que je ne parvenais à ouvrir aucun livre. Je les voyais bien sur les étagères de ma bibliothèque, à me faire de l’œil, à chercher à me séduire avec leurs couvertures aguichantes, leurs promesses de dépaysement, mais, vautrée sur le canapé, je ne parvenais que distraitement à faire glisser d’un doigt idiot le fil d’actualités que déversait mon smartphone.

Quel grand lecteur, quel assoiffé de mots n’a pas vécu ces moments de vide, de délaissement ? C’était comme une source tarie, une envie de s’abreuver d’eau fraîche mais seul un soda chimique passait mes lèvres sans jamais étancher ma soif. Et l’envie revint… celle du papier remplaçant l’écran, les petites lettres noires sur fond blanc en lieu et place de la lumière bleue, le goût des mots pour effacer la litanie des nouvelles internationales anxiogènes. Le petit tas de livres en cours se reconstitua sur la table de chevet, comme la présence familière et rassurante d’un parent assis près du lit… Raconte-moi une histoire… et nous la reprîmes là où nous l’avions laissée…

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Un mois entier sans ouvrir un livre…

Un mois entier sans ouvrir un livre… et lentement sortir de cette longue hibernation littéraire.

Alors que beaucoup s’affairaient aux frénétiques achats de Noël, je rangeais mes livres dans des cartons et démontais ma bibliothèque. En les déposant un à un, c’est des années de vie que je faisais défiler, chacun évoquant un lieu, un moment, une connaissance, un état, un sentiment éprouvé. Nos bibliothèques nous révèlent, elles sont nos écorchés, nos résumés.

À chaque déménagement, les années apportent leur lot de poids supplémentaires à cette anatomie d’encre et de papier. Pour la première fois, j’avais réussi à développer l’ensemble de mes livres dans le vaste salon d’une maison aimée, mon corps s’était enfin déplié.

La vie fait qu’un énième déménagement m’amène à diminuer l’espace que je leur avais donné et j’ai dû faire des choix… Lesquels prendre, lesquels laisser au fond du carton, privés de lumière ?

Ce qui s’annonçait comme un déchirement, fut un exercice d’ascèse, retrouver l’essentiel, s’alléger, ne garder, pas forcément le meilleur, mais le plus élémentaire. J’en sors avec une force nouvelle, en sachant qu’au prochain déménagement, ce ne sont pas forcément les mêmes ouvrages qui seront à la lumière, ceux des cartons pourraient fort bien ressortir… il en va ainsi de nous et de nos multiples facettes.

En attendant, un petit livre est resté dans ma poche, La chèvre de Monsieur Crétin ayant catégoriquement refusé d’intégrer un carton… Je vous en parle dans la prochaine chronique !

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Souvent, nous choisissons nos lectures…

Souvent nous choisissons nos lectures mais parfois un livre nous choisit. Celui-ci, à notre première rencontre, a chuchoté quelques-uns de ses mots à mon oreille par la voix chaude d’une femme, dont les pas, filmés, rythmaient les phrases.

Émotion. Et oubli.

Il s’est remis sur mon chemin, posé sur une pile de livres au milieu de tant d’autres dans un salon littéraire, un beau jour d’été.

Tentation. Et oubli.

IL s’est fait reconnaître et saisir par une amie subtile qui avait compris le message et s’empressa de me le prêter.

Affection. Et oubli.

Il est venu se poser sur la table de chevet et s’est effacé sous d’autres écrits utiles… futiles… Longtemps. Assez longtemps pour que l’amie veuille récupérer son bien, inquiète du bazar de ma maison, inquiète de ne plus jamais le voir surgir de ce purgatoire poussiéreux.

Et un jour, il revint vers moi. Il s’était furtivement glissé, si fin, si discret, dans un délicieux colis postal envoyé par l’éditeur. Quand la pile s’est ouverte, éventail de papier et d’encre, il était au milieu… Je l’ai ouvert et, dès la première page, j’ai su qu’il serait de ceux qui ne me quittent plus, qui restent au sombre de mon sac de cuir, à portée de main, à portée de cœur…

Merci Laure Sorasso « Les guerrières ».

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Ma recette de lecture…

Ma recette de lecture… parce qu’il n’y a pas que des soupes aux livres aux éditions Parole !

Ingrédients
Pour la pâte :
250 g de papier de belle texture
1 cuillère à café d’encre noire
Pour la garniture :
100 g d’émotion pure
50 g de suspens tamisé
50 g de réflexion profonde
Un bon morceau d’imagination (non traitée après récolte)
1 cuillère à soupe de fantaisie
1,5 l de plaisir entier (de préférence Bio)
15 cl de larmes filtrées

– Mêler intimement l’ensemble des ingrédients.

– Ajouter les liquides par petites touches. (Facultatif : saupoudrer d’une pincée d’oubli.)

– Faire prendre au bain-marie jusqu’à obtention d’une consistance moelleuse. Tourner régulièrement pour que les pages n’attachent pas, tremper son doigt dedans à chaque tour de cuillère. Les larmes étant déjà salées, rectifier l’assaisonnement selon votre goût.

– Verser doucement dans le mélange encre/papier que vous aurez au préalable foncé dans une couverture précuite.

– Décorer harmonieusement le plat d’expériences personnelles, si vous en avez sous la main.

– Enfourner pour quelques minutes de cuisson à four très doux. Laisser tiédir avant de déguster et de partager ces délicieuses heures de lecture…

Bon appétit !

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Le livre est un radeau…

Le livre est un radeau… celui auquel on s’agrippe pendant une nuit de déluge, alors que l’eau monte et s’infiltre sous les portes. Impuissant à stopper la vague, on plonge dans son livre ouvert. Nuit, aussi blanche que le papier, les mots nageant entre les lignes de flottaison, lecture coulée. On évitera 20 000 lieux sous les mers au profit de lectures plus salvatrices. Au petit matin, les pages arrachées à la nuit, à l’angoisse, à l’attente, seront venues, une à une, s’échouer au sol, leur papier absorbant le trop-plein, la marée, la boue fine du reflux. La lecture est mon barrage, ma bouée de sauvetage, celle qui m’a arrachée à tous les naufrages…

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Il y a des chemins de Croix…

Il y a des chemins de Croix… et des chemins de Joie.

En quatre stations, je viens de croiser sur mon chemin les habitants fragiles de Fanny Saintenoy. L’auteure nous égrène d’une plume légère de brefs moments, peuplés d’âmes, au hasard de déambulations dans Paris. Des rencontres, qui parfois n’en sont pas vraiment, comme chacun d’entre nous en a certainement déjà vécues, partout, ailleurs…

Mais Fanny se glisse dans la peau de chacun, avec discrétion et élégance, pour dessiner le portrait de leurs pensées et de leurs émotions.

Chaque rencontre est contée à la première personne :
« Depuis des jours je pense à Arthur Rimbaud… »,
« J’attends un homme que je n’ai jamais vu… »,
« Je la regarde depuis un moment… »,
« Je viens dire adieu au parc Montsouris… »,
« Je marche sur le pont de Grenelle… »…

Ne comptez pas sur moi pour en dévoiler plus. Il suffit de vous saisir des 10 x 16 cm de cette édition menue, de la collection Main de femme, parfait format à glisser dans son sac ou dans sa poche et qui m’a accompagnée en quatre stations : dans un bureau glacial et impersonnel en attendant un entretien d’embauche, trempée jusqu’aux os dans un café de village où je m’étais réfugiée, lors d’une pause en voiture dans une forêt un peu magique, enfin, près de mon lit, dans la clarté voilée d’une lampe de chevet.

… quatre stations d’un chemin de Joie…

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