Il y avait maintenant presque deux mois que je n’avais ouvert un livre…

Il y avait maintenant presque deux mois que je n’avais ouvert un livre. J’avais fermé les portes d’une grande maison à la campagne pour ouvrir celle d’un petit appartement en ville, j’avais fermé des tas de cartons… Je n’en avais ouvert que quelques-uns, faute de place. J’avais fermé un long chapitre de ma vie pour m’ouvrir à un nouveau métier, à de nouvelles pratiques, un monde nouveau pour moi. Et j’étais si fatiguée le soir, entre déménagement et prise de fonction que je ne parvenais à ouvrir aucun livre. Je les voyais bien sur les étagères de ma bibliothèque, à me faire de l’œil, à chercher à me séduire avec leurs couvertures aguichantes, leurs promesses de dépaysement, mais, vautrée sur le canapé, je ne parvenais que distraitement à faire glisser d’un doigt idiot le fil d’actualités que déversait mon smartphone.

Quel grand lecteur, quel assoiffé de mots n’a pas vécu ces moments de vide, de délaissement ? C’était comme une source tarie, une envie de s’abreuver d’eau fraîche mais seul un soda chimique passait mes lèvres sans jamais étancher ma soif. Et l’envie revint… celle du papier remplaçant l’écran, les petites lettres noires sur fond blanc en lieu et place de la lumière bleue, le goût des mots pour effacer la litanie des nouvelles internationales anxiogènes. Le petit tas de livres en cours se reconstitua sur la table de chevet, comme la présence familière et rassurante d’un parent assis près du lit… Raconte-moi une histoire… et nous la reprîmes là où nous l’avions laissée…

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